Dans le cadre du projet « Comment Sonne la Loire ? »  porté par le CMTRA, trois groupes (les MécanosClume et Tape-Dru) de musicien·nes du département ont été amenés à s’emparer des patrimoines sonores ligériens via une sélection d’archives sonores mises à leur disposition, pour produire des réarrangements destinés à être transmis auprès de chorales locales.

Un groupe d’étudiant·es du Master Développement de Projets Artistiques et Culturels Internationaux de Lyon 2 a suivi les processus créatifs de ces trois groupes. Les étudiant·es se sont notamment attaché·es à donner à voir comment les archives sonores peuvent nourrir des projets artistiques, faisant par-là ressortir le caractère vivant et mouvant de ces matériaux sonores. Ces quêtes de réappropriation, de recréation, offrent aussi une nouvelle manière de valoriser un patrimoine oral local. Leur podcast interroge et retrace trois démarches artistiques singulières.

Nous remercions les étudiant·es de Lyon 2 : Marin, Elena, Sophia, Kaïna, Zoélie, Alisa, Anastasia, Margot, Lola, pour leur curiosité et leur implication, ainsi que Camille Jutant, responsable du Master DPACI, qui a permis à cette collaboration de voir le jour.

Les enregistrements à l'écoute dans cet article sont des fichiers de travail, établis dans une perspective de transmission et d'apprentissage, et non travaillés pour de l'écoute. 

"La couverture": un arrangement du groupe Clume

CLUME est un trio des environs de Saint-Etienne qui, mêlant chants polyphoniques et percussions, (ré)écrit, compose et arrange en occitan et en français en s'inspirant du mouvement des mots et des danses trads, pour en faire une cuisine d’harmonies et de percussions, furieuses et lumineuses. Des chants de feu, de rage et d’amour qui prennent racine dans nos vies quotidiennes, font cohabiter les luttes sensibles et les timbres bruts de leurs voix, racontent la force de leurs convictions et la douceur de leurs acceptations.

Lucile Guirimand a choisi d'arranger la chanson de mai "Le Rossignol y chante" ici rebaptisé "La Couverture". Cette chanson a été collectée à plusieurs reprises sur la région, notamment à Pélussin (Loire) par Jacques Bardot en 1980, ou encore par Christian Oller, un an plus tard, à Saint-Symphorien-de-Mahun (Ardèche) auprès de Mme Farre.

(Arrangement Lucile Guirimand – Clume)

Là bas sur l'olivier, le rossignol y chante

Le rossignol y chante

Le rossignol y chante la bas sur l'olivier x2

Il chante nuit et jour, toujours en a pris vol

toujours en attendant que la rose broutonne

Quand la rose broutonne s'annonce le printemps,

S'annonce le printemps, le temps de la verdure,

Oh qu'il fait bon passer la nuit sans couverture

Vous autre, jeunes gens qui avez des amis

Qui avez des amours qui chantent à votre porte

Entendez vous ou pas l'amitié qu'ils vous portent

L'amitié qu'il vous porte c'est un joli bouquet

C'est un joli bouquet de toutes fleurs d'orange,

D'orange et d'oranger entendez-vous ma mie

"Lo mai" : un arrangement du groupe Tape Dru

TAPE DRU part à la rencontre des dernier·es patoisant·es des Monts du lyonnais, du Forez et des alentours. Les anciens et anciennes que le groupe collecte racontent en français ou en patois les pratiques qui précèdent l’industrialisation de l’agriculture et qui se terminent en général après la guerre d’Algérie, dans les années 60. Enfants de paysan·nes pour la plupart, ils et elles donnent accès à un univers nouveau, souvent méconnu voire méprisé du grand public.

Le groupe est parti de ses propres collectages des voix des Monts du Lyonnais pour proposer la version singulière d'un chant de mai local, mêlée à la chanson "Din le paleu dou rai" ("Dans le palais du roi"). Les versions d'origine ont respectivement été enregistrées auprès de Claude Longre à Yzeron, et de Antoine "Toine" et Cécile Françon à l'Ancien Coise. Marion Fontana nous confiait récemment le récit de sa rencontre avec la tradition du mai dans les Monts du Lyonnais.

"Dans la cours d'un palais": un arrangement des Mécanos

Les Mécanos arpentent depuis 2018 le patrimoine oral français et occitan et cultivent une envie commune : se réapproprier des répertoires régionaux depuis l'univers musical de chacun des dix membres. La polyphonie vocale issue des musiques traditionnelles s'ouvre, grâce à l'ajout de percussions, aux musiques actuelles.

Le groupe a choisi d'arranger une chanson bien connue des collecteurs et collectrices : "Dans la cours d'un palais". La chanson existe sous différents noms bien au delà de la région. Une chanson parente a notamment été popularisée par le groupe folk Tri Yann en 1974 sous le nom “Lundi mardi danse”. "Din le paleu dou rai", réarrangée dans le medley proposé par Marion Fontana pour Tape-Dru est également une autre version parente. Les arrangements s'inscrivent dans le même mouvement et ils ont été réalisés à partir de la même chanson-type, racontant plus ou moins la même histoire. Pour autant, les deux versions sont très distinctes par leurs sonorités et langues. A l'instar de nombreuses chansons issues des répertoires traditionnels, ces deux chansons ont beaucoup circulé, donnant naissance à plusieurs versions au fil du temps. La version des Mécanos, arrangée par Gaël Bernaud, est adaptée de l'écoute de plusieurs archives locales, en particulier celle collectée par Jacques Bardot en 1980 à Châteauneuf (Loire), auprès de Charles Condamin. Dans les mêmes années, Jacques Bardot enregistre également cette chanson auprès de Marius Mas à Saint-Croix-en-Jarez (Loire). Une autre version avait auparavant été collectée par Eric Montbel, Christian Oller, et Pierre Imbert auprès de Mme Seychal et Mme Giraudier à Saint-Jean La Vêtre (Loire). 

A travers ce projet collectif nous souhaitons reconnaître le caractère vivant, muable, de l'archive sonore. Pour autant il ne s'agit pas d'être infidèle à la source, d'oublier le/la témoin ou de trahir sa mémoire. L'acte de recréation est un geste de sauvegarde plus que de conservation: il s'agit de maintenir vivante une pratique, de valoriser ce qu'elle raconte et transmet bien au delà de la partition (un lien avec avec un territoire, une communauté, une famille, un métier, un geste, une histoire intime ou collective, une émotion...). La loyauté à la source est une question sensible qui se pose différemment en fonction des objectifs et pratiques artistiques. Nous remercions les trois groupes qui nous ont accompagné : Tape-Dru, Clume et les Mécanos, pour leur sensibilité, leurs réflexions et leurs engagements.

L'ensemble des partitions, paroles et versions enregistrées des différentes voix pour chorales sont à retrouver sur le site du CMTRA en suivant ce lien.

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