Jean Dumas (1924-1979) fut un collecteur visionnaire, en avance de plusieurs décennies sur son temps. Il a pressenti ce qui a été le moteur du mouvement « des musiques traditionnelles » des années 1980, ouvrant la voie au « Patrimoine culturel immatériel » des années 2010.

Il a été professeur de musique à Moulins et d’italien à la faculté de Clermont-Ferrand, ainsi qu’un instructeur reconnu dans les mouvements de jeunesse.

Dans sa collecte regroupant en tout 1480 chansons (dont 1366 enregistrées) auprès de 179 informateurs, la plupart pris en photo, le tout noté avec paroles et partitions de façon très méthodique dans des fiches, il s’est attaché, plus qu’au répertoire, à la façon de chanter en notant systématiquement les variations de chaque interprétation.

Virginie Granouillet, coll. Dumas

Les premières fiches, datant de 1945, étaient de simples notations de répertoire, destinées d’abord à la jeunesse. La même année, sa rencontre avec Patrice Coirault puis sa correspondance avec William Lemit vont peu à peu l’amener vers la collecte et la sauvegarde d’une culture locale qu’il juge en grande fragilité.

Sa rencontre avec sa principale informatrice en 1958, Virginie Granouillet, une dentellière âgée de 80 ans, chanteuse exceptionnelle, donne un nouveau souffle à sa recherche de chansons.

Sans relâche, de 1957 à 1972, il a recherché les chanteuses et chanteurs, détenteurs d’un savoir-faire populaire en matière de chanson, il a cherché le son, il a cherché le style, convaincu de la beauté et de l’utilité de ces œuvres orales, comme en témoignent plusieurs articles qu’il a signé.

Virginie Granouillet, coll. Dumas

La plus grande part de cette « moisson folklorique » comme il le disait lui-même est consacrée à la Haute-Loire, mais il a également enregistré dans le Puy-de-Dôme, l’Allier, en Ardèche, dans la Loire, l’Isère et les Hautes-Alpes, dans la Nièvre (auprès de Joseph Mathé, son deuxième informateur Fétiche) et en Saône-et-Loire, en Dordogne et Limousin (quelques chansons) et en Italie, auprès des paysans francophones et des mondines.

Il parcourt seul ou accompagné de sa femme Thelma et de son ami Jean Bernard pendant 27 ans (de 1945 à 1972) des lieux choisis en France et en Italie. 

Au total, près de 1500 chansons, (dont presque 1400 ont été enregistrées sur bandes magnétiques) ont été répertoriées dans des fiches soigneusement élaborées.

L’intérêt de ces collectes réside dans la qualité artistique et le choix des informateurs : Jean Dumas a une véritable oreille. Il enregistre ce qui le touche le plus et qu’il considère comme authentiquement « folklorique », c’est-à-dire qui témoigne de la façon la plus directe de la tradition orale, en particulier les timbres des voix et les éléments de styles, la façon de chanter, cherchant toujours les bons interprètes.

Un lien étroit se dessine entre ces chanteuses et chanteurs et leur territoire. Pour plus de lisibilité, et afin de rendre l'originalité de la démarche de ce collecteur, nous proposons quelques corpus qui nous semblent pertinents.

Chansons de dentellières : les enquêtes de Jean Dumas auprès des dentellières de la vallée de la Loire

Ce corpusrassemble les enregistrements de Jean Dumas réalisés auprès des dentellières de la vallée de la Loire. Ce répertoire très original, fait principalement de complaintes et transmis oralement sur le carreau, est affranchi de l'influence religieuse de l'enseignement des béates.

 Voix de l'Emblavez : les enquêtes de Jean Dumas dans la Haute-Loire

Ce corpus rassemble les enregistrements de Jean Dumas réalisés sur la Haute-Loire, et plus particulièrement sur le territoire de l'Emblavez. Les enquêtes ont été menées auprès de paysans et de commerçants au début des années 1960.

 Les chansons de La Baracande : les enquêtes de Jean Dumas auprès de Virginie Granouillet

Ce corpus réunit cent-quarante chansons de cette  interprète hors-pair qu’était Virginie Granouillet dite "La Baracande", chanteuse et dentellière de Haute-Loire, collectée par Jean Dumas entre 1958 et 1962.