Commentaires sur la langue :
Paroles :
E lou bon tin que lou tin de la bise
Pe lé Brachan pi pe lé bouvi
Leu zou son quer mé lou cha qu'on s'amouize
E ye vraimin lou tin du plaizi
Quand lou chelon queminche à che recondre
De ma Babé ze vaillou la méjon
D'aisieu mon couer que prêt à se dépondre
Quand du crouéjé, ze vayou lou faron.
Quin la neize creuve la plin-na
Que la soucha et étouyà
Ya mé de plazi que de pein-na
Pe lou Brachan din la velia.
E fo nou va rassimblo dé la buze
Ya bin de quin ma fa tinto lou ra
Et pi defeur, à plinne gneurze on uce,
A fo tremblo lou planshi, la para
Mé quand é zeul' lou fré nou j’atizhe,
On che tin, on che chare, on s'etrin
Ouah, menargue et adon qu'on courtige
Pe che mario, quan vindra carmintrin.
{O ma Babé faye neutre froumaille
Lou bon tin vin, faudra nou j' abado
Faudra songié à fére neutro chemaille
Sailie, chayé pi apré tou labouro
Et queuer etou, cheno la trekeuille
Naveta, ceu, rôve, chalia, et tou
O ma Babé le velie ch' aqueurtissin
Songe ayi bin que ye bin lou moumin.
Dé lou vieu tin neutro grinte parlovan
Dé revenian, de cheuchon, de chourci
Su notre téta, notre pa che drechovin
Nou zeye brôve, tui de plézi
Mé quin vin lou cha, ma boussé chou me couarte.
N'ujouave po na sourti lou nô
Quand méme ma porta n'ére po ouarte
A ro mon lie zé entendu piatouno.
Traduction en français :
C'est le bon temps que le temps de la bise,
Pour les Bressans, puis pour les bouviers,
Les jours sont courts, mais le soir qu'on s'amuse
C'est vraiment le temps du plaisir,
Quand le soleil commence à se cacher,
De ma Babé, je vois la maison,
D'aise mon coeur qui est prêt à se briser,
Quand du croiset*, je vois la lumière.
Quand la neige couvre la plaine,
Quand la charrue est remisée,
Il y a plus de plaisir que de peine,
Pour le Bressan dans la veillée.
Il faut nous voir rassemblés dans l'étable
Il y a bien de quoi ma foi tenter le roi
Et puis dehors à pleine gorge, on huche
A faire trembler le plancher et la cloison
Mais quand il gèle, le froid nous attire
On se tient, on se sert, on s'étreint
Oui ma foi c'est là que l'on courtise
Pour se marier quand viendra le carnaval.
{Oh ma Babé, faisons nos fiançailles
Le beau temps revenu, il faudra nous démener
Il faudra songer à faire nos semailles
Sarcler, faucher puis après labourer
Moissonner tout, semer le maïs
Navettes, chou, rave, seigle et tout
Oh ma Babé les veillées raccourcissent
Je pense aussi que c'est bien le moment.
Dans le vieux temps, nos grand-mères parlaient
Des revenants, de cheuchon*, de sorcier
Sur notre tête, nos cheveux se dressaient
Nous étions beaux tous de plaisir
Mais quand vient le soir, moi caché sous mes couvertures
Je n'osais plus en sortir le nez
Même si ma porte n'était pas ouverte
A côté de mon lit, j'ai entendu piétiner.}
* croiset : petite lampe.
* cheuchon : esprit nocturne malfaisant qui vient oppresser la poitrine de certains
dormeurs.