Cette chanson traditionnelle sicilienne se présente sous la forme d’une comptine. Il s’agit d’une chanson à la récapitulation, aussi appelée ronde, chanson à énumération ou encore randonnée. La structure des couplets est modifiée par addition successive, c’est-à-dire que chacune des strophes contient un élément supplémentaire de l’énumération.
Cette version a été enregistrée auprès de Stefano Moscato, par Mélaine Lefront et Mathilde Piper, à l’Université Jean Monnet, Saint-Etienne, le 13 janvier 2016, dans le cadre du projet Comment sonne la ville ? Musiques migrantes de Saint-Etienne (2014-2017).
Né à Lercara Friddi, à 60 Km au Sud de Palerme en Sicile, Stefano Moscato est professeur d'anglais et de français à la retraite, et musicien. Après l'écriture de son livre Le Cantonnement (2008), Stefano redécouvre les chansons siciliennes qui ont bercé son enfance, toujours vives dans sa mémoire. Comme cette tarentelle, A lu mircatu, qui lui rappelle un épisode de sa vie où son père lui avait confié des lapins pour qu'il aille les vendre au marché de Rive-de-Gier alors qu'il avait 10 ans.
Ici, le protagoniste va au marché acheter un poussin, puis une poule, un coq, une guitare, une trompette et un tambourin. A chaque nouveau couplet, un animal ou un instrument est ajouté avec le son, le cri qui lui est propre. « Ci cci ri ci » fait le poussin, « ca ca ra ca » fait la poule, « cu cu ru cu » fait le coq, « arra arra » fait la guitare, « etta etta » fait la trompette, « iedu iedu » fait le tambourin. La même formule est répétée chaque fois et les sons (cris d’animaux ou sons d’instruments) se cumulent.
Les chansons à récapitulation « traînent un récit en longueur, avec l’intention d’amuser ou de distraire » . A visée pédagogique, ces chansons « donnent une leçon de mots et de logique à l’enfant tout en ayant comme avantage de tuer le temps, dissiper l’ennui et de l’apaiser » . Contrairement à ce que l’on pourrait penser pourtant, ces rondes à énumération n’étaient pas spécifiquement adressées aux enfants mais bien souvent à un auditoire d’adultes. A lu mircatu pourrait se poursuivre ainsi à l’infini, à partir d’une construction simple et linéaire mais qui donne de l’élan, entraîne et procure de la joie.
Les consonances orientales de la première strophe « Haja ju… » viennent rappeler l’histoire de la Sicile, véritable grenier à blé de la Méditerranée, largement colonisée et successivement grecque, byzantine, musulmane, normande… toutes ces cultures ont influencé les chansons et les coutumes locales de l’île italienne.
A lu miractu a par ailleurs été popularisée par Roberto Alagna en 2008 dans son album "Sicilien".


