"Aimons-nous les uns et les autres, aimons-nous les uns et les autres du vrai amour" chante Dechaud en lingala puis en français, avant d'invoquer les quatre continents puis les "catholiques, protestants et musulmans". Leader vocal de son groupe, il mêle chant lingala, gospel et rumba congolaise sous la bannière de messages humanistes, d'œcuménisme et de dialogue interculturel.
Selon Dechaud, la rumba congolaise est avant tout un "état d’esprit". En effet, forte d'une histoire de plusieurs décennies, jalonnée par divers artistes, la rumba apparaît comme une musique polymorphe qui s'est développée dans la seconde moitié du XXe siècle: l’essor des 78 tours a contribué à faire voyager la rumba des Antilles sur le continent africain, en influençant considérablement la musique populaire locale. Cette influence, vécue comme une redécouverte, une réappropriation d'un héritage originaire d'Afrique, sera suivie de nombreux autres "métissages" musicaux. Ainsi, la chanson de Dechaud a des accents de zouk dans sa sélection rythmique, doublée à la main droite de la guitare basse.
En arrivant de Kinshasa à Saint-Étienne il y a une vingtaine d’années, Dechaud fait la rencontre du père Gérad Riffard, prêtre catholique ayant organisé un lieu d’accueil de migrants au sein de l'église Sainte-Claire de Montreynaud en 2007. Malgré une décision de justice d'octobre 2014 exigé par le préfet lui interdisant l'accueil de nuit dans l'église, le curé poursuivait l'accueil de jour et accompagnait des réfugiés dans leur demande d'asile via son association "Anticyclone". Ainsi, parallèlement à son travail de soudeur textile, Dechaud forme son groupe “Anticyclone Musica” initialement destiné à animer les offices de l’église Sainte-Claire, et qui très vite se voit sollicité en dehors du cadre liturgique: fêtes de quartier, associations, mariages et concerts notamment au Brise-Glace à Annecy.
Cette version a été collectée par Anne Damon-Guillot et Maxime Grede, Marine Klinnik, Stecy Cheung A Long et Céline Kollhoff dans le cadre du projet Comment sonne la ville ? Musiques migrantes de Saint-Étienne (2014-2017).


