Les mélodies des chansons de tradition orale se reconnaissent facilement, par leur ambiance, leurs couleurs, leurs rythmes. Elles sont construites de façon bien particulière.

Ces airs sont répétitifs : la même mélodie revient à chaque couplet. Les couplets s’enchaînent les uns aux autres, sans refrain indépendant. Lors de la présence d’un refrain dans les paroles, celui-ci ne fonctionne pas seul musicalement et est intégré mélodiquement au couplet.

Malgré la répétition, la mélodie n’est jamais figée et varie sans cesse, présentant de légères différences d’un couplet à l’autre : ce sont les micro-variations, véritable marque de fabrique de la tradition orale.

Ces micro-variations touchent la hauteur des notes et le rythme : il s’agit d’une adaptation au texte qui change à chaque couplet, et qui témoigne de l’élasticité nécessaire de la chanson pour son interprétation.

Un système musical propre

Le système qui régit l’organisation musicale de la chanson traditionnelle a ses propres règles : ce n’est pas le système musical savant et il ne correspond pas aux modèles actuels de la variété ou du jazz, ni aux règles de composition classiques.

La hauteur de certaines notes est particulière, et n’est pas tempérée : on va l’entendre un peu trop haute ou un peu trop basse (certains disent « faux », mais ce n’est pas le cas), rappelant indubitablement la couleur du blues ou la musique malienne par exemple, pour citer les plus connus.

Le rythme n’est pas toujours soumis à un tempo régulier ou à une cadence, et paraît souvent libre. C’est le débit des paroles qui va gérer les accélérations et les ralentissements, dans lesquels on pourra entendre des notes tenues sur certaines syllabes.

Structure de la mélodie

La mélodie entière présente généralement deux parties (il est possible d’en rencontrer trois, plus rarement).

Ces deux parties regroupent deux ou trois phrases musicales. Ces phrases musicales correspondent à des ensembles mélodiques cohérents (comparables à des phrases textuelles) dont l’assemblage constitue la mélodie entière.

Cet assemblage répond à une construction qui varie peu :

  • La première partie correspond le plus souvent à une phrase musicale (A) répétée la lupart du temps deux fois.
  • La deuxième partie présente soit une seule phrase musicale non reprise (B), soit deux phrases musicales non reprises (B et C).
  • Chaque phrase musicale est le plus souvent composée de deux motifs mélodiques : phrase mélodique A = motif mélodique a + motif mélodique a’.

Les phrases et leurs motifs sont organisés dans une suite logique, une grammaire en quelque sorte, permettant de soutenir l’aspect narratif. La mélodie a un début, un milieu et une fin (une exposition, une contreproposition et une conclusion) et sans faire intervenir les paroles, dessine une mini-narration qui se retrouve à chaque couplet, comme si la mélodie seule racontait :

« je vous dis cela, mais je vous dis ceci, donc je vous dis cela ». Cette articulation concernant la musique permet de tenir l’auditeur en haleine. On peut résumer cette construction particulière de la chanson de tradition orale du Massif central dans les tableaux suivants.

  • Cas d’une chanson avec deux phrases musicales :

  • Cas d’une chanson avec trois phrases musicales :

L’enchaînement des motifs musicaux et des phrases musicales présente des alternances en conclusion ou en suspension, en fonction de leur rôle (intro, contre-proposition, conclusion). Ces rôles sont souvent soutenus par les paroles des couplets, construites alors narrativement sur le même modèle, mais pas toujours.

Il est très simple de distinguer à l’oreille dès la première écoute les deux parties musicales.