Mutualiser le foyer

La veillée est d’abord un regroupement de voisins et de parents autour d’un foyer. Les veillées avaient lieu pendant les mois d’automne et d’hiver, pendant lesquels les travaux agricoles étaient moins nombreux et la lumière venait à manquer plus tôt. La veillée assurait ainsi une fonction vitale, celle de mutualiser le feu, source de chaleur et de lumière.  A la lumière du foyer, les participants, qui venaient parfois d’assez loin, y réalisaient divers travaux de tissage et de vannerie, préparaient les récoltes (mondées ou curées de noix, triage de châtaignes...).

Les veillées ne sont pas simplement un temps dédié au travail. C’était également une manière de tromper l’ennui des longues soirées d’hiver.  Une fois le travail achevé, les plus jeunes dansaient. Ceux qui savaient chanter, chantaient. Les plus jeunes jouent à des jeux, se donnaient des gages. Les jeux des jeunes tournaient souvent autour  de l’union des garçons et des filles, des mariages à venir dans l’année et des baisers qu’il fallait se donner.

Un espace de transmission

La veillée est également un espace de transmission : on y partage des histoires, des chansons, des blagues. Ces longues soirées se prêtent particulièrement à la transmission de contes, ou des longues complaintes (voir le corpus documentaire sur les complaintes traditionnelles). On y joue également à se faire peur. Cela commence souvent dès le trajet jusqu’à la ferme, pendant lequel les histoires de revenants  et de fantômes ne sont pas rares. Pendant la veillée elle-même, les récits de peur occupent une bonne place.  (voir le corpus documentaires sur les contes ,histoires et légendes).  

Un cadre qui évolue

Éléments structurants des sociétés rurales jusqu’au début du XXe siècle, les veillées ont peu à peu disparues sous leurs formes originelles. Les personnes interrogées par les collecteurs des années 1970 et 1980 les évoquent comme des souvenirs d’enfance, ou au mieux de jeunesse. A cette époque, elles sont déjà exceptionnelles. Plusieurs évolutions sociales et technologiques du milieu du XXe siècle ont en effet rebattu les cartes des sociabilités paysannes : la démocratisation de l’électricité et l’apparition du téléviseur en font partie.

Particulièrement attentifs aux contextes de jeu et aux espaces de transmission des répertoires de tradition orale, les collecteurs des années 1970 ont parfois tenté de recréer ces moments de partage. Sylvette Béraud-Williams a ainsi réuni en 1976 deux des meilleurs interprètes qui ont accompagné sa collecte : Monsieur Rouveyrol et Madame Chazel.  Cette « veillée de collecte », bien qu’un peu artificielle, permet d’entrevoir des modes d’interprétation et d’interaction entre les participants particulièrement intéressants. La rivalité amicale entre les chanteurs, qui conduit parfois à une sorte de joute chansonnière, conditionne ainsi largement la manière dont se déroule la rencontre, et dont le répertoire surgit.

Plus récemment, le cadre de la veillée s’est imposé comme un élément important dans la pratique actuelle des musiques traditionnelles.  Plus adapté que le concert et moins formel que le bal, la veillée désigne désormais des temps de pratiques collectives et improvisés, particulièrement propices à la rencontre des musiciens et chanteurs et à la transmission des répertoires.