Cet article a été rédigé par Antoine Saillard.

En 1971, après des études en sociologie et trois années d'enseignement primaire, Christian Oller se prépare à une carrière d'enseignant dans le 1er degré. Cette même année, il  découvre le « folk français »  lors d'un concert des pionniers du folk club Le Bourdon créé à Paris, c'est un choc émotionnel et visuel lié à cette époque de libération et d‘expressions spontanées. C’est aussi la saison frénétique des premiers festivals, celui de Malataverne fait date! Dans cette petite commune du sud de la Drôme se tient en 1971 un grand festival de folk songs, vers lequel près de 15000 personnes de toute la France convergent, et que certains journalistes de l'époque n'hésitent pas à appeler le « Woodstock français ». Christian Oller y rencontre Jean Blanchard, le fondateur  du folk club La Chanterelle dans les pentes de la Croix Rousse à Lyon. L'année suivante, il prend une part active au mouvement folk en intégrant la Chanterelle. Il y apprend le violon et l'accordéon. Pendant quelques années, il mène cette vie de musicien en parallèle de son activité d'enseignement. En 1974, il intègre le collectif musical « le Grand Rouge » (Olivier Durif, Pierre Imbert, Eric Montbel et Christian Oller) et décide de se consacrer exclusivement à la musique.

A partir de 1975, il se lance dans l'aventure du collectage en Auvergne et en Limousin, et publie en ce sens au sein de l'association des musiciens routiniers. En 1980, il entreprend des enquêtes sur les chanteurs du Haut Vivrais et du plateau ardéchois. Ce travail aboutit, cinq ans plus tard, à la publication d'un 33 tours « Apprends moi ton langage », réédité depuis en CD, co réalisé par Dominique Laperche, Aline Sévilla, Sylvette Beraud-Williams et Christian Oller. Il tisse des relations durables et amicales avec plusieurs chanteuses et chanteurs collecté.es, et aime leur rendre visite accompagné de Patrice Lejeune. En 2012, deux duos s'engagent dans de nouvelles collectes, Patrice Mazellier et Anette  Graenicher, Jacques Julien et Christian Oller. Ces enquêtes donneront lieu à la publication d'un CD.DVD  "mémoires du plateau ardéchois » produit par la FAMDTA en 2015.

Les musiciens du Grand Rouge (à partir de 1976, le groupe se structure et se professionnalise autour d'Olivier Durif, Eric Montbel, Pierre Imbert et Christian Oller) sont engagés dans une démarche de recherche : afin de nourrir leur répertoire et leur jeu, ils vont régulièrement collecter des musiciens traditionnels, essentiellement dans le Massif Central, en Auvergne et dans le Limousin. En 1975, Christian Oller réalise sa première collecte auprès de François Vidalenc, accordéoniste du Cantal (voir la photo en couverture). Les collectes des années 1970 se font presque exclusivement auprès d'instrumentistes, violoneux, ou accordéonistes. Ce n'est que plus tard que Christian Oller découvre la tradition de chant en Ardéche.

" C'est dans les années 1980 que j'ai entendu par hasard un couplet chanté par Mme Farre lors d'un reportage TV sur st Symphorien de Mahun. Sans la connaître et quand bien même j' en aurai entendu qu‘une seule phrase, je savais déjà à qui j'allais m'adresser. Le déclic s'est produit  tant  cela m'a renvoyé à des chanteuses visitées en Corrèze ou Forez.  

C'est que nous enquêtions déjà depuis 1975 avec les amis du Grand Rouge et, ensuite, des musiciens routiniers sur  les musiciens d‘Auvergne  et Corrèze. Au départ avec la simple et naîve  intention de glaner quelques airs originaux, combustibles essentiels pour faire tourner de façon originale nos groupes de musique. Nous sommes tombés dans un contexte ou chaque canton regorgeait d'individualités  qui n'avaient jamais été visitées que par nous, avec notre intention musicale déjà bien ciblée  : rencontrer des joueurs de violon ou d'accordéon. Quand on pratique soi-même ces deux instruments, la rencontre crée des affinités inespérées;  malgré la différence d'âge et d'origine avec les informateurs, souvent stupéfaits de nos premières visites. Cette situation contraste tellement avec ce que l’on a pu pu lire dans tous les recueils de chant populaire qui annoncent la mort certaine de cette culture, en l'associant avec la disparition progressive des pratiques paysannes. Pour beaucoup de collecteurs, lire dans un recueil de l'époque (ou dans les articles ou publications folk) que tout est mort, et arriver dans un village où l’ on a 5 adresses de violoneux dont l‘un va nous jouer 10 airs inconnus avec un style qui nous déroute, est une source de motivation détonnante !

Force est de constater que cette mémoire collective a résisté à tous les pronostics, et même ceux qui jouent un peu ou chantonnent font partie du puzzle et détiennent une partie de ce savoir oral : ils nous renvoient aussi souvent à d'autres acteurs plus connus sur le voisinage : et nous voilà souvent face à  des personnages à la  forte individualité ; ayant  connaissances d'airs, de mélodies, de styles de jeu non répertoriés.

Donc à l écoute de cette chanson de Mme Farre je me suis de suite demandé s'il y avait d'autres chanteuses dans son village, si elle était reconnue comme telle,  quelle était l'étendue de son répertoire, s'il y avait des instrumentistes sur le canton, etc. Voulant prolonger aussi cette griserie de la découverte et cette soif de recherche,  j'étais donc chez elle deux semaines plus tard et s'est enclenché le même processus décrit plus haut.

Plusieurs chanteuses et chanteurs dans les environs de St Symphorien de Mahun me laissent de suite présager que le nord Vivarais devait surement regorger de chanteuses et chanteurs. Bien sur on a affaire à la chanson populaire dont on retrouve tous les thèmes développés dans plusieurs régions mais le phrasé, les variations personnelles mélodiques ou rythmiques, la présence ou l’absence d’ornementation créent une émotion forte dont la partition des recueils, même si elle est utile, ne peut rendre compte. C'est donc cela qu'on a recherché, ces individualités, ces femmes, ces hommes, qui à travers ces chants nous ont livré, dit, une partie importante de leur vie.

Tout cela est bien expliqué et documenté dans le CD « Apprends moi ton langage" réalisé avec Les Laperche et Sylvette Beraud Williams, collecteurs qui ont enquêté à la même époque dans d'autres parties de l Ardèche. Nous avons aussi rencontré plusieurs fois le père Dufaud qui a réalisé un impressionnante collecte : lui solfiait les chansons à la manière de Vincent D'Indy, Victor Smith, Montel et Lambert, après les avoir enregistrées sur cassette. 

J'explique la suite de cette histoire et présente d'autres interprètes dans le CD "chanteuses et chanteurs d Ardèche »  qui paraîtra prochainement."

Ch Oller novembre 2020 

Cette rencontre avec Madame Farre a ainsi été le point de départ d'une enquête au long cours auprès des chanteuses et chanteurs traditionnels d'Ardèche. Toujours à la recherche des meilleurs interprètes, Christian Oller sillonne les routes d'Ardèche tout au long des années 1980, focalisant son attention sur le plateau ardéchois. Il collecte parfois seul, parfois en compagnie de Sylvette Béraud-Williams ou de Patrice Lejeune. Ce travail collectif a donné lieu à diverses publications, dont la première fut le 33 tours « Apprends moi ton langage », publié en 1985 avec Sylvette Béraud-Williams, Dominique Laperche, Christian Oller et Aline Sévilla.

Plus récemment, Christian Oller a repris les routes d'Ardèche, cette fois-ci accompagné de Jacques Julien. Grâce au soutien de la Fédération des Ateliers de Musiques et de Danse d'Ardèche (FAMDTA), et en compagnie de Patrick Mazellier et d'Annette Gränicher, les collectes reprennent sur le plateau ardéchois dans les années 2010. Près de 40 ans après leurs premiers enregistrements, les collecteurs/trices découvrent une pratique du chant traditionnel encore vivante, bien que plus confidentielle. Ce travail de recherche aboutit à la publication du CD-DVD « Mémoires du plateau ardéchois ».

Actuellement, Christian Oller continue sans relâche son enquête sur le chant traditionnel ardéchois. Il s'attache également à mettre ce patrimoine en partage, à le rendre audible, à continuer à le faire vivre. Cela se passe sur scène, mais également par un travail éditorial qui se poursuit. Début 2021 paraîtra ainsi un nouveau disque consacré aux chanteuses d'Ardèche.

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